vivre-a-majorque

Droits de succession aux Baléares : taux, abattements et bonifications dans le tableau

Responsable du contenu : Frank Menze

Quiconque possède un bien immobilier à Majorque, Ibiza, Minorque ou Formentera finit tôt ou tard par se demander ce que les héritiers devront réellement payer. Aux Baléares, les droits de succession sont régis par un barème spécifique qui, depuis la réforme de fin 2023, se distingue nettement de celui de nombreuses autres régions espagnoles : grâce à une bonification de 100 %, les conjoints, enfants, petits-enfants et parents ne paient pratiquement plus de droits de succession. Les citoyens allemands constituent, avec près de 35 %, le principal groupe de propriétaires immobiliers étrangers aux Baléares, devant les Britanniques (20 %) et les Français (8 %) : cette réglementation est particulièrement importante pour eux. Dans ce guide, vous découvrirez les différentes catégories fiscales, les abattements et taux qui s'appliqueraient sans avantage fiscal, le seuil de 120 % applicable à la valeur de référence, ainsi que les changements intervenus depuis juillet 2025 pour les frères et sœurs, les nièces, les neveux et les donations.

Impôt sur les successions aux Baléares 2026 : tableau des taux et abattements

Une succession doit-elle être réglée à Majorque ou souhaitez-vous anticiper ?

Cadre juridique : qui est compétent pour quoi ?

L'impôt espagnol sur les successions et les donations (Impuesto sobre Sucesiones y Donaciones, ISD) est un impôt d'État dont les modalités concrètes – abattements, bonifications et taux – ont été largement déléguées aux communautés autonomes. Il repose sur la loi nationale Ley 29/1987 du 18 décembre relative à l'impôt sur les successions et les donations. Les Baléares ont fait usage de cette compétence dans leur législation sur les droits de succession (codifiée pour la dernière fois dans le Decreto Legislativo 1/2014), qu'elles ont à plusieurs reprises précisée en 2023 et 2025.

La réforme la plus importante a été introduite par la loi 11/2023 du 23 novembre 2023 et le décret-loi 4/2023 du 18 juillet 2023 qui l'a précédée : depuis lors, les proches parents – conjoints, enfants, parents, grands-parents et enfants adoptés – bénéficient d'une exonération fiscale presque totale. En juillet 2025, une nouvelle adaptation a également étendu ce dispositif aux parents plus éloignés (frères et sœurs, nièces, neveux, beaux-enfants, gendres et belles-filles) ainsi qu'aux donations.

À noter : il n'existe pas de convention fiscale entre l'Allemagne et l'Espagne en matière de droits de succession. Le droit des Baléares régit uniquement la charge fiscale espagnole ; vous devez vérifier séparément les droits de succession allemands.

Les 4 catégories fiscales (groupes) aux Baléares

La loi nationale répartit les héritiers en 4 groupes selon leur lien de parenté. Cette classification détermine l'abattement et la bonification applicables.

Groupe Qui en fait partie Réduction depuis 2023/2025
Groupe I Enfants et petits-enfants de moins de 21 ans 100 %
Groupe II Enfants et petits-enfants à partir de 21 ans, conjoints, parents, grands-parents 100 %
Groupe III Frères et sœurs, nièces, neveux, beaux-parents, enfants du conjoint réduction partielle depuis le 25.07.2025
Groupe IV Parents plus éloignés, personnes sans lien de parenté, partenaires non enregistrés aucune réduction

Attention : Les concubins non mariés et non enregistrés relèvent du groupe IV. Ils ne bénéficient pas de la réduction de 100 %, même s’ils vivent ensemble depuis des années. Pour anticiper cette situation, il est conseillé de faire examiner suffisamment tôt un testament espagnol et, le cas échéant, un choix de loi au titre du règlement européen sur les successions.

Les abattements en un coup d’œil

Avant d’appliquer le taux d’imposition et la réduction, un abattement personnel est d’abord déduit de la valeur de la succession. Aux Baléares, ces abattements sont légèrement plus élevés que ceux prévus par le droit national de base.

Groupe Abattement (env.) Particularité
Groupe I (descendants de moins de 21 ans) 25.000 € plus 6.250 € pour chaque année où l’héritier a moins de 21 ans, au maximum 50.000 € La majoration s’arrête à 50.000 €
Groupe II (descendants à partir de 21 ans, conjoints, ascendants) 25.000 € s’applique à chaque héritier
Groupe III (collatéraux des 2e et 3e degrés, parents par alliance en ligne ascendante et descendante) 8.000 € nettement inférieur à celui des groupes I/II, mais plusieurs fois supérieur à celui du groupe IV
Groupe IV (collatéraux du 4e degré, degrés plus éloignés, personnes sans lien de parenté) 1.000 € aucun autre avantage

À titre de comparaison : en Allemagne, les abattements personnels varient entre 20.000 € et 500.000 € selon le degré de parenté. Les personnes qui vivent en Allemagne ou y étaient résidentes fiscales doivent donc, le cas échéant, également tenir compte des abattements allemands.

Taux d’imposition sans réduction : le barème de base

Avant l’application de la réduction de 100 %, le barème de base est d’abord appliqué à titre purement théorique. Il indique le montant de l’impôt qui serait dû sans les avantages fiscaux des Baléares — un point important pour toutes les personnes qui ne relèvent pas des groupes I ou II.

Selon la part d’héritage, le taux légal varie de 7,65 % à 34 %.

En plus du barème de base, l’État espagnol applique des coefficients multiplicateurs en fonction du degré de parenté et du patrimoine préexistant de l’héritier. En l’absence de bonification, notamment pour les groupes III et IV, ces coefficients peuvent encore alourdir la charge fiscale. Pour les groupes I et II aux Baléares, ce barème de base est toutefois devenu pratiquement sans importance depuis 2023 grâce à la bonification de 100 %.

La bonification de 100 % depuis 2023 : son fonctionnement

Le véritable atout de la réforme baléare : les droits de succession calculés sont exonérés à 100 % pour les conjoints, enfants, petits-enfants, parents, grands-parents et enfants adoptifs. En pratique, la transmission d’un bien, par exemple d’un bien immobilier à Majorque, à ces personnes est donc exonérée de droits de succession, sans plafond de valeur.

Une restriction importante s’applique toutefois aux biens immobiliers :

Attention : la limite de 120 % de la valeur de référence : la valeur retenue fiscalement pour un bien immobilier lors de l’acceptation de la succession ne doit pas dépasser 120 % de la valeur dite de référence (la valeur cadastrale de référence). Si cette valeur est dépassée, l’importante exonération fiscale est perdue. Faites impérativement vérifier la valeur de référence par un avocat spécialisé ou un conseiller fiscal avant d’accepter la succession.

Condition Conséquence
L’héritier appartient au groupe I ou II Bonification de 100 % sur les droits calculés
Valeur du bien immobilier ≤ 120 % de la valeur de référence La bonification est intégralement maintenue
Valeur du bien immobilier > 120 % de la valeur de référence La bonification peut être perdue, en tout ou partie

Réforme de juillet 2025 : donations et groupe III

Depuis le 25 juillet 2025, cet avantage a été étendu sur 2 points importants :

  1. Donations (Donaciones) : la bonification de 100 % s’applique désormais aussi aux donations entre vifs entre les groupes bénéficiaires, et plus seulement aux successions après décès.
  2. Groupe III : depuis le 25 juillet 2025, une bonification s’applique à la cuota íntegra corregida, selon le degré de parenté (art. 36 bis Decreto Legislativo 1/2014) :
Catégorie de situation Bonification à partir du 25.07.2025 auparavant
Collatéraux par le sang au 2e ou 3e degré du défunt, qui ne sont pas en concurrence avec ses descendants ou adoptés (ou uniquement avec des personnes déshéritées) 60 % 50 %
autres contribuables du groupe III 35 % 25 %

Important pour bien comprendre : ces 60 et 35 % sont des bonifications appliquées à l’impôt dû, et non des taux d’imposition. De nombreuses présentations les confondent. Il reste donc toujours un montant à payer — contrairement aux groupes I et II, dont la bonification atteint 100 %.

La règle correspondante s’applique aux donations entre vifs depuis la même date : les groupes I et II bénéficient d’une réduction de 100 % sur la cuota líquida, tandis que le groupe III bénéficie de 60 ou 35 % selon la catégorie de situation.

À noter : avant juillet 2025, les donations aux Baléares ne bénéficiaient pratiquement d’aucun abattement notable ; elles étaient donc nettement moins avantageuses fiscalement que les successions. Si vous souhaitez transmettre un bien immobilier de votre vivant, faites vérifier le cadre juridique actuel par un avocat spécialisé avant de signer le contrat.

Non-résidents : choisir entre le droit national et le droit des Baléares

Tous les héritiers détenant des biens aux Baléares n’y résident pas nécessairement. Les non-résidents relèvent en principe des règles nationales. Depuis le 1er janvier 2015, ils peuvent toutefois, sous certaines conditions, choisir d’appliquer le droit de la région où se trouve la part la plus importante de la succession en valeur. Ainsi, lorsqu’un bien immobilier à Mallorca ou Ibiza constitue l’élément principal de la succession, un héritier allemand résidant en Allemagne peut généralement bénéficier du droit des Baléares — et donc de la bonification de 100 %. Depuis le 1er janvier 2016, un barème fiscal spécifique des Baléares s’applique en outre à ces situations.

Situation Droit applicable
Défunt et héritier résidents fiscaux aux Baléares droit baléare applicable automatiquement
Héritier non-résident, majeure partie de la succession située aux Baléares possibilité d’opter pour le droit baléare
Héritier non-résident, succession principalement située hors des Baléares droit national ou droit de la région concernée

Pour en savoir plus sur votre résidence fiscale, consultez l’article Droits de succession pour les résidents et le guide Certificado de Residencia Fiscal.

Double imposition : absence de convention entre l’Allemagne et l’Espagne

Contrairement à l’impôt sur le revenu, l’Allemagne et l’Espagne n’ont pas conclu de convention de double imposition en matière de droits de succession et de donation. En pratique, un bien immobilier situé à Majorque et faisant partie de la succession d’un citoyen allemand est en principe soumis aux droits de succession espagnols et allemands, à moins que le défunt n’ait été résident fiscal exclusivement en Espagne. Chaque droit national prévoit toutefois des mécanismes réciproques d’imputation, mais une déclaration doit d’abord être déposée dans les 2 pays pour le même bien immobilier.

La bonification baléare ramenant à zéro l’impôt espagnol pour les groupes I/II, seul l’impôt allemand sur les successions reste souvent applicable en pratique, avec les abattements en vigueur en Allemagne, compris entre 20.000 € et 500.000 €. Vous trouverez plus de détails dans le guide Convention de double imposition Allemagne–Espagne ainsi que dans Héritage provenant d’Allemagne : impôt en Espagne.

Procédure : déclaration fiscale malgré la bonification

Même si la charge fiscale est nulle grâce à la bonification de 100 %, l’obligation de déposer une déclaration fiscale demeure. Les héritiers doivent déclarer la succession au moyen du formulaire Modelo 650 (succession) ou, dans le cas d’une donation, du Modelo 651.

  1. Rassemblez l’acte de décès, le testament ou le certificat d’hérédité, ainsi que le numéro NIE des héritiers.
  2. Déterminez la valeur de la succession et, pour les biens immobiliers, demandez la valeur de référence auprès du cadastre (respectez le plafond de 120 %).
  3. Remplissez le formulaire Modelo 650 ou 651 et demandez la bonification pour les groupes I/II ou la réduction pour le groupe III.
  4. Déposer la déclaration auprès de l’administration fiscale compétente, même si aucun impôt n’est dû.
  5. Présenter la preuve du dépôt de la déclaration pour le changement de titulaire au registre foncier et au cadastre.

Attention : sans déclaration déposée et certifiée, il est généralement impossible d’inscrire un bien immobilier hérité au nom du nouveau propriétaire au registre foncier : l’exonération vous dispense du paiement, mais pas de cette formalité.

En cas de succession plus complexe (plusieurs héritiers, patrimoine à l’étranger, participations dans des entreprises), il est recommandé de prendre rapidement rendez-vous avec l’administration fiscale via Cita Previa Hacienda ou de faire appel à une Gestoría.

Comparaison avec d’autres régions espagnoles

Grâce à l’exonération de 100 %, les Baléares comptent parmi les régions les plus avantageuses d’Espagne pour les proches parents, mais elles ne sont pas les seules à appliquer des règles particulières.

Région Abattement/avantage pour les enfants et les conjoints
Baléares (Mallorca, Ibiza, Menorca, Formentera) Exonération de 100 % sans plafond de valeur (groupe I/II)
Katalonien Abattement de 100.000 € plus 500.000 € pour la résidence principale (max. 95 % de la valeur du bien immobilier), avec en outre un avantage dégressif pouvant aller jusqu’à 99 %
Galicien Exonération de 100 % jusqu’à une valeur successorale de 400.000 €
Aragón Abattement de 150.000 €, réduction de 65 % jusqu’à 100.000 €, plus 97 % sur la résidence principale jusqu’à 127.000 €

Les erreurs les plus fréquentes

  • Oublier le seuil de la valeur de référence : si la valeur du bien immobilier déclarée lors de l’acceptation de la succession dépasse 120 % de la valeur de référence, l’intégralité de la bonification de 100 % peut être perdue.
  • Oublier la déclaration alors que l’impôt est nul : même en cas de bonification totale, le dépôt du Modelo 650/651 reste obligatoire ; sans lui, l’inscription au registre foncier est souvent bloquée.
  • Oublier les droits de succession allemands : l’absence d’impôt espagnol aux Baléares conduit souvent à oublier qu’une obligation de déclaration et de paiement peut néanmoins exister en Allemagne.
  • Mal classer les partenaires non enregistrés : ils relèvent du groupe IV et ne bénéficient pas automatiquement de la bonification accordée aux époux.
  • Absence de testament : sans testament, les règles légales de succession s’appliquent, ce qui peut compliquer l’attribution des catégories fiscales et, par conséquent, l’application de la bonification.

Quelles sont les étapes suivantes ?

Après le dépôt de la déclaration fiscale et l’application de la bonification, d’autres démarches sont généralement nécessaires : l’inscription du bien immobilier au registre foncier et au cadastre, la modification des titulaires des comptes et contrats, ainsi que — selon le lieu de résidence des héritiers — la vérification d’autres obligations déclaratives, notamment pour les avoirs à l’étranger. En préparant votre testament suffisamment tôt, vous pouvez considérablement simplifier nombre de ces démarches pour vos propres héritiers. Vous trouverez un premier aperçu des formalités nécessaires après un décès dans le guide Todesfall auf Mallorca.

Checklist : droits de succession aux Baléares

  • Catégorie fiscale (groupe I à IV) de l’héritier correctement déterminée
  • Abattement applicable au groupe concerné déterminé
  • Valeur de référence du bien immobilier consultée auprès du cadastre et comparée au seuil de 120 %
  • Bonification (100 % ou réduction pour le groupe III) demandée dans le formulaire
  • Modelo 650 ou 651 déposé dans les délais
  • Assujettissement à l’impôt allemand sur les successions vérifié séparément
  • Faire traduire les documents avec une apostille si nécessaire
  • Testament ou choix de la loi applicable conformément au règlement européen sur les successions documenté

Conclusion

Depuis la réforme de 2023, l’impôt sur les successions aux Baléares figure parmi les régimes les plus avantageux d’Espagne : grâce à une bonification de 100 %, les conjoints, enfants, petits-enfants et parents ne paient pratiquement plus d’impôt sur les successions ; depuis juillet 2025, cette mesure s’applique également aux donations, et même les frères et sœurs, nièces et neveux bénéficient désormais d’allégements. En tenant compte des détails — seuil de la valeur de référence, catégorie fiscale correcte, obligation de déclaration même en l’absence d’impôt à payer et maintien de l’assujettissement à l’impôt allemand sur les successions — vous pouvez épargner à vos héritiers bien des démarches et des frais. Pour effectuer un calcul précis et choisir le droit applicable, il est presque toujours judicieux de consulter sur place un conseiller fiscal spécialisé ou un avocat expert en la matière.

Sources officielles

En tant que non-résident, dois-je appliquer l’impôt successoral des Baléares ?
Non, mais vous pouvez souvent le choisir : si la majeure partie de la succession se trouve aux Baléares, les non-résidents peuvent, sous certaines conditions, appliquer le droit des Baléares plutôt que le droit national depuis le 1er janvier 2015.
La bonification de 100 pour cent s’applique-t-elle aussi aux partenaires non mariés ?
Non. Les partenaires non mariés relèvent de la classe fiscale du groupe IV et ne bénéficient pas de la bonification, réservée aux seuls conjoints, enfants, petits-enfants, parents et grands-parents (groupes I/II).
Que se passe-t-il si la valeur du bien immobilier dépasse la valeur de référence ?
Si la valeur retenue fiscalement dépasse 120 pour cent de la valeur cadastrale de référence, la bonification de 100 pour cent peut être perdue en totalité ou en partie. Il convient de vérifier cette valeur avant d’accepter la succession.
Dois-je tout de même déposer une déclaration fiscale malgré la bonification de 100 pour cent ?
Oui. Le dépôt du Modelo 650 (succession) ou du Modelo 651 (donation) reste obligatoire, même si l’impôt effectivement dû est de zéro euro.
La bonification s’applique-t-elle également aux donations de son vivant ?
Oui, depuis le 25 juillet 2025. Auparavant, il n’existait pratiquement aucune réduction comparable pour les donations aux Baléares.
Comment est gérée la double imposition avec l’Allemagne ?
Il n’existe pas de convention contre la double imposition en matière de droits de succession entre l’Allemagne et l’Espagne. Les 2 pays peuvent en principe imposer la succession, mais leurs législations nationales prévoient des possibilités d’imputation réciproque.
Qu’est-ce qui a changé en 2025 pour les frères et sœurs, les neveux et les nièces ?
Depuis le 25 juillet 2025, la bonification accordée aux collatéraux consanguins du 2e ou 3e degré qui ne sont pas en concurrence avec les descendants du défunt est de 60 pour cent, contre 50 pour cent auparavant ; pour les autres membres de la catégorie III, elle est de 35 au lieu de 25 pour cent. Il s’agit de bonifications appliquées à l’impôt dû, et non de taux d’imposition : une charge fiscale résiduelle demeure.
Quels sont les abattements applicables sans bonification ?
Catégorie I : 25.000 euros, plus 6.250 euros par année avant 21 ans, dans la limite de 50.000 euros. Catégorie II : 25.000 euros. Catégorie III : 8.000 euros. Catégorie IV : 1.000 euros.